Quel regard portez-vous sur l’investissement du bloc communal depuis le début du mandat, en 2014 ?

Ce cycle 2014-2020 est un peu particulier, car nous avons connu une baisse extrêmement sensible de l’investissement jusqu’en 2016.

Cela n’est pourtant pas cohérent au regard de la capacité financière dont disposent les collectivités locales, notamment les communes et leurs groupements : leur autofinancement s’améliore, leur endettement est maîtrisé, les taux d’emprunt sont bas… L’investissement aurait donc dû être nettement plus dynamique.

 Comment expliquer alors ce repli ?

Un climat anxiogène est véhiculé par certains observateurs et représentants d’associations d’élus. Or, les jeux politiques sont dévastateurs pour l’investissement public local, et le misérabilisme n’est pas la meilleure façon de défendre les intérêts des collectivités. Alors, certes, la baisse des dotations de l’Etat a été brutale entre 2014 et 2016. Si l’on ajoute les réformes territoriales depuis les années 2010, le contexte n’était pas idéal pour dynamiser l’investissement et les projets d’avenir. Les maires, notamment, sont anormalement inquiets, ce qui a eu pour conséquence un excès de prudence et d’inquiétude. Résultat : des dépenses en baisse, et des investissements en chute libre.

Pourtant, dans le même temps, les recettes fiscales ont progressé puisqu’elles sont passées de 123 Mds€ en 2013 à 150 Mds€ à fin 2018.

L’argent rentre et les collectivités ont accumulé une force de frappe financière importante. Ainsi, les communes, comme les intercommunalités, ont doublé les excédents de trésorerie en dix ans.

Leur montant a atteint 65 Mds € pour l’ensemble des collectivités territoriales à fin 2018.

 Un sursaut est-il possible en 2019 et sur le mandat suivant ?

Cette année pré-électorale sera certainement dynamique, car les maires se presseront pour réaliser les investissements promis. J’espère ensuite que la période 2020-2026 se passera différemment, dans une sérénité institutionnelle plus forte qui donnera envie d’investir.

Par ailleurs, mieux vaut utiliser ces disponibilités plutôt qu’elles ne servent à la solidarité nationale. Car cet argent dormant pourrait donner des idées à Bercy qui, pour réduire le déficit public, pourrait décider d’être moins généreux, de moins compenser la taxe d’habitation… En somme, arrêtons de fournir de bonnes raisons à l’Etat de piocher dans la caisse.

 

Retrouver l’interview de Franck Valletoux, Directeur général de Stratégies Locales

https://www.lemoniteur.fr/article/en-2019-les-maires-veulent-couper-des-rubans.2019450